jeudi 9 mars 2017

l'Armorial de La Planche - 1669 - Gouvernement de Bretagne - les pays de Rennes, de Dol et de Saint-Malo

 S   uite de la visite d'un des plus anciens manuscrits répertoriant des armoiries de villes et de villages de France, dessinées à la plume et peintes à l'aquarelle, antérieur de trois décennies à l'Armorial Général de France de Charles d'Hozier ! Voir la description initiale : →


 Nous avons quitté le Gouvernement de Picardie et ses additions (voir l'épisode précédent → ). Nous allons basculer vers le grand ouest de la France de la fin du XVIIe siècle pour une nouvelle région qui nous promet de belles surprises : le Gouvernement de Bretagne. La province correspond encore, à cette époque, au contour de l'ancien Duché de Bretagne, et donc est un peu plus grande que la région administrative de Bretagne actuelle, dans laquelle le pays Nantais, par exemple, ne fait plus partie, car rattaché à la région "Pays de la Loire".
   Cette province fait l'objet de quatre chapitres du manuscrit regroupant des entités diverses et que l'auteur a eu du mal à constituer, car le découpage en sénéchaussées ou en bailliages qui avait cours partout dans le royaume de France devenait très compliqué en Bretagne où chaque bonne ville était un bailliage. Il lui a fallu donc regrouper des entités plus grandes mais disparates : sénéchaussées, diocèses, anciens pays ou anciennes principautés, etc... pour réaliser des ensembles cohérents, géographiquement et administrativement. Voici donc le premier de ces chapitres, composé de la sénéchaussée de Rennes et du diocèse de Saint-Malo :




Voici l'extrait d'une carte datant de la fin du XVIIIe s. , donc postérieure d'un siècle, mais sur laquelle j'ai reconstitué les limites administratives de notre région :
 Vous pouvez cliquer sur toutes les images pour les agrandir 












 Les fragments de manuscrits proviennent encore du Volume I. Pour enrichir l'étude, j'ai mis en bonus l'extrait équivalent dans l'Armorial Général de France*  (1696-1711), établi par Charles-René d'Hozier, et comme auparavant, j'ai placé le blason actuel en-dessous, pour comparer les différences ou au contraire la constance des figures dans le temps.

  (*)  Armorial Général de France -   volume VIII  -  Bretagne 1ère partie  
         Armorial Général de France -   volume IX  -  Bretagne 2e partie  (BNF Paris)
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Rennes (Ille-et-Vilaine)





Saint-Malo (Ille-et-Vilaine)

  Il est amusant de voir dans ces trois dessins d'armoiries, l'évolution des figures dans le temps. Les armes de Saint-Malo sont depuis 1591 composées d'un champ de gueules avec une herse d'or surmontée d'une hermine (l'animal) passante d'argent. La herse est un élément architectural de défense qui barrait le passage d'une porte de fortification ou d'un château, et qui était abaissée de manière très rapide, par un système de chaînes et de contrepoids ingénieux, pour protéger les défenseurs d'une place, contre une attaque ennemie imminente. Les pointes sont par conséquent logiquement situées en bas de la grille, car éventuellement elles pouvaient aider à trucider quelques malheureux assaillants bien téméraires en s'abattant sur eux ! Le dessin actuel, qui nous a été transmis ainsi, depuis la restauration des armes obtenue par lettres patentes le 14 décembre 1822, nous donne une herse avec les pointes en l'air ! ressemblant davantage à une palissade, ou une barrière, avec de plus les barres entrelacées comme un treillis. Aucune herse de porte médiévale ne ressemble à ce schéma !  Et que dire de la version de Charles d'Hozier, qui visiblement ne connaissait pas la fonction d'une herse !  Notre hermine est quant à elle montrée simplement colletée, ou sans collier, mais depuis 1822 elle est colletée d'or et porte "une cravate" d'hermine; l'hermine : la fourrure, cette fois ...




Dol-de-Bretagne 
(Ille-et-Vilaine)




Dinan (Côtes-d'Armor)




Fougères (Ille-et-Vilaine)



Vitré (Ille-et-Vilaine)



Ploërmel (Morbihan)

  Les armoiries actuelles de la ville de Ploërmel, dont le blason est : "d'hermine au léopard lionné de sable, couronné d'azur, tenant une bannière du même chargée de cinq mouchetures de contre-hermine d'argent" sont celles qui ont été rétablies par lettres patentes,  le 27 janvier 1816, au tout début de la période de la Restauration de la monarchie française, par conséquent. Mais quelle est leur origine ? les blasons antérieurs ne nous aident pas, bien au contraire : c'est carrément une énigme très intrigante, pour laquelle je n'ai pas trouvé d'explication.
   On peut remonter à la fin du XVIe siècle avec les armes figurant sur un armorial dédié à l'Ordre des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem (voir → ICI, folio 113v.) où figure dans un champ d'azur un animal étrange à corps de lion, muni d'ailes, sans tête mais pourvu de deux énormes cornes,  qui tient la bannière de Bretagne, surmonté d'un léopard passant : vraiment des armoiries énigmatiques. La Planche nous donne lui une autre version avec un griffon, dont la tête est couverte d'un heaume et lui aussi surmonté d'un cimier en forme de lion.  Enfin, d'Hozier nous réserve encore une évolution surprenante avec, sur un champ d'hermine, un lion de gueules, dont le "visage" est absent, et portant une couronne fermée d'or. Seule constante : ils tiennent tous une bannière de Bretagne. Peut-être parce que la ville de Ploërmel était une ville importante au temps du Duché, en effet la réunion des États de Bretagne s'y est déroulée au moins treize fois entre 1240 et 1606. Mais pourquoi la bannière de Bretagne est-elle passée à l'azur contre-herminé d'argent en 1816 ?  Nul ne le sait .


Montfort -sur- Meu 
(Ille-et-Vilaine)

  Les armes "d'argent à la croix ancrée de gueules gringolée d'or"  relèvent des armes de la famille des Montfort-Gaël de souche bretonne, à ne pas confondre avec l'autre grande famille de Montfort (originaire d'Île-de-France, de Montfort-l'Amaury) dont certains membres devinrent Ducs de Bretagne, à la faveur d'une guerre de succession, après que d'autres se soient illustrés dans la Croisade contre les Albigeois.



Josselin (Morbihan)

  Comme le précise le Père de La Planche dans le texte, Josselin et son célèbre château était le siège de l'ancien Comté de Porhoët. A l'origine, une famille éponyme portait comme blason "de gueules au château d'or au franc-canton d'hermine". Au XIVe siècle, le comté passe à la grande famille de Clisson qui blasonne "de gueules au lion d'argent armé, lampassé et couronné d'or". Par la suite, par mariage, à partir de 1407,  le fief sera la propriété des Rohan, et de la branche des Rohan-Chabot avec son blason "écartelé : en 1 et 4, de gueules à neuf macles d'or, posées 3, 3, 3 (qui est de Rohan), et en 2et 3: d'or à trois chabots de gueules, 2 et 1 (qui est de Chabot)". On retrouve donc et on reconnait dans l'évolution des différentes armoiries ci-dessus, les blasons relevant de ces célèbres maisons bretonnes, même brisées ( comme le lion des Clisson sans couronne).



La Guerche -de- Bretagne 
(Ille-et-Vilaine)


  D'autres lieux ou villes sont juste décrits par le texte, mais sans blason ni mention s'y rapportant :  Cancale,  Saint-Méen (Abbaye, à Saint-Méen-le-Grand), Lohéac, Saint-Jean-des-Prés (Abbaye, à Guillac), Saint-Aubin-du-Cormier, Antrain, Combourg, Châteaugiron.  

 # cependant, quelques années plus tard, certains de ces lieux (en gras, ci-dessus) ont été enregistrés et blasonnés dans l'Armorial Général de France. Précision : pour Châteaugiron, c'est le blason de la famille éponyme, anciens seigneurs du lieu, qui est à l'origine des armoiries de la commune actuelle. Ce n'est donc pas en tant que ville que ce nom avait été enregistré dans l'A.G.F.




Châteaugiron, commune
 (Ille-et-Vilaine)


# et pour être complet avec l'Armorial Général de France, on peut encore rajouter une dernière ville qui n'a pas été mentionnée dans le manuscrit de La Planche, ainsi qu'un établissement religieux, dont le blason a été transmis à la commune du lieu,  avec les blasons actuels en-dessous pour comparaison :


Hédé-Bazouges, commune
 (Ille-et-Vilaine)


Saint-Onen-la-Chapelle,
 commune (Ille-et-Vilaine)





 A bientôt pour une nouvelle série ...→ ICI


Crédits :
les blasons "modernes" sont empruntés  à : armorialdefrance.fr/


  Et je remercie particulièrement les personnes responsables de la Bibliothèque et des Archives du Musée du Château de Chantilly : www.bibliotheque-conde.fr/


             Herald Dick  
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