jeudi 11 avril 2013

Zoo héraldique #11 : le Serpent - 1ère ssssérie

famille Clodius
(Allemagne)
ouvenez-vous, l'année 2013 a été déclarée "Année du serpent" en raison du calendrier chinois, voir mon billet "oriental" élaboré pour l'occasion →
Mais je ne souhaitais pas en rester là, car le sujet est vraiment passionnant. S'il est un animal qui, soit par la crainte qu'il inspire, la phobie même, soit par son charisme ou la vénération qu'il génère, a inspiré le plus grand nombre de légendes et de croyances et ce à travers toutes les civilisations du Monde entier, sans exception, c'est bien le serpent ! Et en tant que discipline artistique, l'héraldique n'a pas échappé à cet engouement mêlant peur, répulsion et fascination, sentiments produits par cet animal bien souvent inoffensif et injustement pourchassé !
blason de Calogrenant
(Table Ronde)

Armorial de Conrad Grünenberg - Bavière - 1483
Sammelband mehrerer
Wappenbücher
 (Allemagne du Sud - 1530)
En héraldique médiévale, cet animal à la symbolique très forte, souvent négative, voire maléfique, diabolique a été très rarement utilisé pour orner les blasons familiaux en tant que tel. Si l'on excepte la grande maison Sforza - Visconti, en Italie, les cas sont peu nombreux. Mais pour les Sforza,  l'identité réelle du sujet héraldique est en fait la Guivre ou "vouivre" , un animal plutôt dérivé du dragon, qui dévore des hommes ou des enfants. En revanche, le serpent connait un certain succès pour les personnages imaginaires, tel que Calogrenant, un des chevaliers  de la cour du Roi Arthur...
Blason des Sforza de Naples - fresque du Palazzo Riaro (Naples- Italie)
Famille Sforza , Comtes de Milan
armes des Visconti - Milan (Italie)


























Armorial de Grünenberg -
Bavière - 1483

Dans les grands armoriaux des XIVe au XVIIIe siècles conservés
dans les meilleures bibliothèques d'Europe, les armoiries ornées de serpents sont souvent attribuées à des royaumes lointains d'Asie et d'Afrique (ci-contre, à gauche) dont on ne savait pas grand-chose autrement que par les récits des rares voyageurs ou navigateurs qui ont pu s'y rendre et en revenir vivants ! Des récits souvent grossis pour rendre le conteur indispensable et célèbre. Toutefois un bon nombre des peuples de ces contrées, nous l'avons vu avec mon dossier "Nouvel an chinois" vénèrent réellement comme un dieu cet animal, certes dangereux, mais qui symbolise aussi la Sagesse ou la Séduction. C'est le cas également avec le cobra Meretseger, protecteur des morts, parmi les divinités de l' Égypte antique .


Blason de Ednowain ap Bradwen, Lord of Merioneth,
cathédrale de Bangor ( Gwynedd - Pays de Galles)
En occident la symbolique est très complexe et multiforme, voire impossible à énumérer et détailler. Toutes les cultures y compris les coutumes locales, au niveau d'un petit groupe social ont " leur Serpent de légende". Et bien sûr en tête d'affiche, le christianisme avec en premier lieu  la thèse du péché originel ou du fruit défendu, par la représentation du Diable tentateur sous l'apparence du serpent.

armoiries de la ville de Belchatow (Pologne)
le fruit défendu - Adam et Eve







Armorial de Grünenberg -  Bavière - (1483)
la femme est devenue serpent elle-même













La forme de sa représentation artistique également varie y compris dans les armoiries : Serpents, dragons, amphisbènes,  basilics, guivres, hydres, chimères, des tas de monstres ophidiens sont présents dans presque tous les folklores. Ils jouent généralement soit le rôle de gardien (légendes de la Toison d'Or, de Saint Georges), soit de guides (Fáfnir et Sigurd/Sigfried dans les légendes scandinaves).
Saint Jean l'Évangéliste
tableau d'Alfonso Cano
 (Le Louvre- Paris)












Toujours dans l'iconographie chrétienne,  saint Jean l'évangéliste bénit la coupe empoisonnée que lui a donné un prêtre païen d'Éphèse pour le mettre à l'épreuve mais le venin s'échappe du calice sous la forme d'un serpent, comme le raconte la Légende dorée de Jacques de Voragine (1228-1298), elle-même empruntée à l'Apocalypse selon Saint -Jean..

commune de Hangebieten  (France- Bas-Rhin)
dédicace au saint patron :  saint Jean



 commune de Ferrières (Belgique)
montrant la tête de Méduse















armoiries de Lanuvio ( Italie - Latium)
divinité locale : Junon Sospita















La mythologie gréco-romaine pullule de serpents , et comme la religion chrétienne, elle les associe la plupart du temps au Mal .
Ainsi la Méduse (une des trois Gorgones) dont la chevelure est composées de serpents, qui sera vaincue par Persée.
ville d'Idrija (Slovénie)
Mercure faisant son jogging


Commune de Lassay-les-Châteaux
 (France - Mayenne)
un vrai caducée













 La légende veut qu'Apollon échangea avec Hermès, son demi-frère une baguette en or contre une lyre. Hermès l'utilise un jour pour séparer deux serpents, mais ces serpents s’y enroulent en sens inverse. La symbolique s'installa par la suite, et l'emblème du Dieu grec Hermès (Mercure pour les Romains) est deux serpents enroulés autour d'un bâton , ailé ou pas. En raison des attributs du dieu Hermès-Mercure, qui est le dieu du commerce, des messagers, des professions qui s'occupent de la communication comme les imprimeurs, le gardien des routes et des carrefours,
Commune de Saint-Pierre
 (Martinique)
 des voyageurs, des bergers, et dieu de la ruse, du vol et des voleurs, puis dieu accompagnateur des âmes des morts aux Enfers, il est évident que le caducée d'Hermès-Mercure  ne doit pas et ne peut pas être utilisé comme emblème médical.
Il est donc très important de ne pas confondre les deux symboles , et si dans votre entourage vous voyez l'un ou l'autre, méfiez-vous donc des aspirations profondes de son possesseur : le commerce ou la médecine ?


Blason du 1er Empire du médecin
 Pierre Jean Georges Cabanis
(1757-1808) avec le canton
des Comtes-Sénateurs







ville de Karlsburg (Allemagne)
En effet une autre légende rapporte qu'un jour, Asclépios (Esculape pour les Romains), voyant un serpent se diriger vers lui, il tendit son bâton dans sa direction. L'animal s'y enroula. Asclépios frappa le sol et tua la bête. Un second serpent apparut soudain, tenant dans sa bouche, une herbe mystérieuse avec laquelle il rappela à la vie l'autre reptile. Asclépios eut alors la révélation de la vertu médicinale des herbes et s'en servit à ressusciter les mourants, ce qui ne plut pas au dieu Hadès, etc....  L'emblème d'Asclépios-Esculape est donc un bâton court le long duquel s'enroule un (un seul) serpent. Au bâton d'Esculape de cette première légende est venue s'ajouter le miroir, symbole de la prudence et de la sagesse. C'est le symbole des médecins et de l'Ordre des Médecins de France.  Lorsque le serpent d'Asclépios-Esculape s'enroule autour de la coupe d'Hygie, sa fille, la déesse de la Santé, il forme l'emblème des Pharmaciens.
armoiries de la famille Ambrożewicz  (Pologne)

Pour clore ce premier chapitre reptilien, vous avez peut-être observé quelque part dans des livres ou sur des fresques, ce symbole étrange d'un serpent enroulé autour d'une potence ou plutôt un tau. C'est le mythe du Serpent d'Airain... retour à la mythologie judéo-chrétienne cette fois.

 Dans le Livre des Nombres, un des livres bibliques, il est question d'un serpent d'airain utilisé pour protéger les juifs des morsures des serpents brûlants que Yahvé avaient envoyés.Les serpents mordirent un grand nombre d'israélites qui moururent.
Commune de Lachen (Suisse)
Le reste du peuple se rendit auprès de Moïse pour lui dire "nous avons péché en vous critiquant, le seigneur et toi, supplie donc le seigneur en faveur du peuple". Le seigneur lui répondit "fabrique un serpent de métal et fixe le sur une perche". Moïse façonna un serpent d'airain et  le fixa sur une perche. Toute personne qui avait été mordue par un serpent et regardait le serpent d'airain avait la vie sauve. Le Nehushtan était dans la bible hébraïque un objet sacré sous la forme d'un serpent d'airain sur une perche.
commune de Stalder (Suisse)
La source de la Torah dit que Moïse a utilisé un serpent de feu pour guérir les israélites des morsures de serpent. C'est le symbole de la guérison de la malédiction des péchés, de la rédemption, et de la résurrection. Ainsi c'est au sens large une représentation de Jésus Christ sur la croix, comme ci-contre avec cette croix latine et le crâne (le Golgotha en hébreu).

Quelques personnalités, des théologiens entre autres, ont fait leur blason avec ce symbole très fort de la Chrétienté.




Philipp Melanchthon (1497-1560), humaniste allemand, théologien protestant, disciple de Luther et son blason "d'azur au serpent enroulé autour d'un tau issant d'un mont, le tout d'or"

       




Herald Dick

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